Le CL-415 est-il un Canadair ?

A la suite de ma publication et de mon « infographie » autour des « bombardiers d’eau », un lecteur a posté une remarque sur la page facebook du blog :Effectivement, le CL-415 n’est pas, à proprement parler, un avion « Canadair » puisque la conception et toute la production (1995-2015) ont été le fait du groupe aéronautique Bombardier qui avait racheté Canadair en 1986. Les certificats de type de ces avions ont ensuite été revendus au groupe Longview en 2016 alors que le dernier Bombardier 415 à turbines était sorti des chaînes l’année précédente.

Le CL-415 est-il vraiment un « Canadair » ? Vaste question finalement !

Donc, oui, le CL-415 est clairement un Bombardier, personne n’a aucun doute là-dessus.

Pourtant, les raisons pour lesquelles il n’est pas aberrant d’appeler ces avions « Canadair » sont… innombrables.

Si on en croit la première page du manuel de vol du CL-415 (version 1999), la dénomination Canadair 415 a même existé !

Commençons par la plus simple. CL-415 n’est, ni plus ni moins, qu’une dénomination commerciale. Néanmoins elle s’appuie sur  la classification historique qui a eu cours tout au long de l’histoire de Canadair, du CL-0, des C-47 remis au standard civil qui furent les premiers avions sur lequel la jeune entreprise nationale canadienne œuvra à la fin de la 2e Guerre Mondiale, au CL-700 Global Express.

Les deux lettres CL qui servaient de préfixes à tous les modèles et projets de l’entreprise signifient Canadair Limited, la raison sociale et la forme juridique précise de l’entreprise.

Bien sûr, pendant un temps, le groupe qui a racheté Canadair a commercialisé ensuite l’appareil sous la dénomination commerciale Bombardier 415. C’était une tentative de renouveler et moderniser les références, une opération assez logique et courante dans les milieux industriels. Néanmoins le Bombardier 415 continuait à voler sous un certificat de type spécifiant sa dénomination exacte : CL-215-6B11. Là encore le lien avec Canadair est on ne peut plus clair d’autant plus qu’on constate ici que la version à turbines n’est simplement qu’une évolution technique de son prédécesseur à moteurs à pistons.

Cl-215-1A10 espagnol. Le CL-215 d’origine… mis à part le nez radar !

Cette filiation directe s’explique ainsi : Le premier bombardier d’eau Canadair, le CL-215, était identifié par son certificat de type comme le CL-215-1A10. L’appareil était équipé de deux moteurs Pratt & Whitney R-2800 (même moteurs que les P-47 Thunderbolt ou les F4U Corsair de la Seconde Guerre mondiale). En 1989, les ingénieurs de Bombardier firent voler un appareil avec des turbines Pratt & Whitney PW123AF, une possibilité proposée ensuite en rétrofit aux opérateurs. La modification était si substantielle que la nouvelle version fut certifiée comme CL-215-6B11 mais commercialisée sous le nom, plus simple à retenir, de CL-215T.

Pour reconnaître un CL-215T d’un CL-415 n’est pas aisé. Deux grandes portes à eau plutôt que quatre petite est un des signes les plus évidents. Le Grupo 43 de l’armée de l’Air espagnole facilite aussi la tâche : quand le numéro de nez débute par un 1, plutôt qu’un 2, c’est un CL-215T !

Un certain nombre d’appareils des lots de production les plus récents furent ainsi dotés de la nouvelle motorisation après avoir volé quelques temps avec les antiques moteurs à pistons. Mais, et c’est là une originalité assez remarquable, les deux derniers CL-215 produits, destinés à l’Espagne, furent directement construits avec les turbines et devinrent CL-215T/CL-215-6B11 sans jamais avoir été CL-215-1A10.

La production bascula ensuite sur la nouvelle évolution du CL-215-6B11, dont le client de lancement était la Sécurité Civile française, commercialisée en tant que CL-415 et qui différait du CL-215T par un nouvel aménagement du cockpit, une avionique sensiblement plus moderne, une capacité d’emport d’eau portée à 6200 litres dans deux soutes compartimentées et quatre portes de largages au lieu de 5500 litres et deux portes sur la version initiale.

Le tout premier CL-415 (CL-215-6B11), est en service en France depuis 1996.

La filiation du CL-415, du Bombardier 415, bref du CL-215-6B11, avec Canadair est donc directe puisque les étapes CL-215/215T/415 s’enchaînent de façon logique et où la seule rupture technologique majeure est le changement de type de motorisation.

Les deux nouvelles versions apparaissent sur le même certificat de type que le CL-215-1A10 confirmant qu’elles ne sont que des variantes, de nouvelles versions du type original conçu et construit par Canadair Ltd.

La feuille de données du certificat de type de la FAA (version 2010) est particulièrement claire sur la filiation de cette famille d’appareils.

Cette filiation est tellement évidente que le groupe Longview qui a racheté les certificats de type de ces avions en 2016 envisage d’offrir un successeur à ces avions au marché restreint mais dont le potentiel ne peut être négligé. Il conservera néanmoins les PW-123AF et sera d’une conception proche du CL-415. Il continuera donc, vraisemblablement, à voler sous le même certificat de type et sera donc aussi un CL-215-6B11. Le groupe Longview ne cache pas son intérêt à relancer les marques prestigieuses qui forment désormais son catalogue et a confié la production des Dash 8, également racheté plus récemment à Bombardier, à une filiale baptisée De Havilland of Canada… Juste retour des choses ! Le nom commercial de la nouvelle version du nouvel appareil sera donc Canadair 515 ou Canadair CL-515 !

Canadair 515 ou CL-515 ? Peu importe, ça sera un autre CL-215-6B11 ! (Infographie : Viking Air)

Ces avions sont, étaient et ne cesseront donc jamais d’être, des Canadair ! D’ailleurs, il suffisait de se promener sur la base de Marignane ou d’arpenter aujourd’hui la nouvelle base de Nîmes : de nombreux pilotes arborent fièrement leur badge au nom de l’ancien industriel canadien… Il est vrai qu’au sein de la BASC, le service exploitant ces avions s’appelle officiellement le « Secteur Canadair ».

A l’occasion de la sortie du film Planes 2 en 2014, le comédien Frédéric Testot, qui doublait Dusty, avait bénéficié d’une visite de la BASC guidé par Daniel Manzo, pilote de…  mais si, c’est marqué dessus ! (Photo : MI/DICOM/Francis Pellier)

 Et je n’ai jamais entendu un seul de ces pilotes se présenter autrement que comme « Pilote de Canadair à la Sécurité Civile » ! D’ailleurs leur groupe Facebook, fréquenté en masse et très riche de photos, vidéo et témoignages s’appelle précisément Pilotes CANADAIR-Groupe officiel France.

On pourrait hurler à l’abus de langage, en effet, mais en ce qui concerne les avions français, le constructeur lui même a joué un rôle trouble : après avoir jeté un œil à la gouverne de direction de ces avions jaune, il faut bien avouer que prétendre ensuite que ces avions ne sont pas des Canadair devient particulièrement compliqué vu  que… c’est marqué dessus !

Confirmation étonnante sur la gouverne de direction ; les CL-415 français sont des Canadair !

Et cette façon d’appeler ces avions n’est pas qu’une habitude franco-française comme le montrent ces quelques patches portés par les équipages des avions bombardiers d’eau de l’aviation Grecque.

Chez les Hellènes aussi, le 415 est un Canadair !

J’avais pris le temps de répondre sur facebook à notre lecteur mais bien sûr, sans détailler autant que pour cet article. Il a, néanmoins, effacé ensuite son message. Pourtant je continue de considérer cette remarque comme totalement fondée et véritablement pertinente. Ceci méritait d’être effectivement développé.

Les premières ailes d’Israël

En mai 1948, dès le début la guerre d’indépendance d’Israël, l’état juif a pu compter sur un embryon d’aviation militaire. En secret, les agents de la Haganah, en particulier, s’étaient activés pour recruter des pilotes et acheter quelques avions de combat en surplus. Par une des plus effarantes ironies de l’histoire, ce sont à des Avia S-199, avatars de Messerschmitt Bf 109 et appareils tchécoslovaques médiocres, que revinrent les premières missions offensives des ailes israéliennes… (…)

Lire la suite sur l’Aérobibliothèque

 

Le retardant

Dans les guerres estivales menées par des aviateurs contre les feux de forêts, le choix des armes influe lourdement sur les méthodes de travail, les tactiques utilisées. Si l’eau reste l’outil principal de ce combat, la chimie a largement contribué à augmenter son efficacité. Les retardant « longs termes » tiennent une place à part dans les arsenaux des pompiers du ciel et méritent d’être expliqués.

Le retardant est l’arme de prédilection des Tanker.  (Photo : Wes Schultz/Cal Fire)

Il existe deux types principaux de retardants :

Les retardants courts termes sont des agents tensio-actifs (« mouillants »), émulseurs (« moussants ») ou gélifiants (Thermo-gel) (1) injectés dans les largages des aéronefs capables de puiser l’eau dans les espaces naturels donc « écopeurs » (Canadair ou hélicoptères bombardiers d’eau) qui améliorent l’action de l’eau mais dont l’effet n’est pas particulièrement durable (2).

Le retardant long terme est l’outil de prédilection des « Tankers ». Puisque ces avions conventionnels ne peuvent écoper, ils doivent remplir leurs soutes au sol, de retour à un aérodrome disposant de l’équipement nécessaire. Plutôt que de les remplir d’eau autant en profiter pour utiliser des produits qui ne se trouvent pas à l’état naturel, pensés et conçus pour mieux combattre les incendies.

Pour le remplissage des aéronefs au retardant, il est nécessaire de disposer des installations adaptées. Ici le « Pélicandrome » de Marignane.

Deux des principaux retardants utilisés en Europe et aux USA sont apparus en 1959 : le Phos-Chek® à base de phosphate d’ammonium et le Fire Trol® utilisant le sulfate d’ammonium comme principe actif. Les compositions de ces produits ont ensuite singulièrement évolué et ils ont été rejoints sur ce marché par des solutions concurrentes élaborées par d’autres entreprises.

Le Fire Trol 931 utilisé en France est aujourd’hui composé de polyphosphates d’ammonium, d’argile, d’inhibiteur de corrosion et de colorants (oxyde de fer). Sa composition s’apparente à celle d’un engrais qui après son action contre le feu va favoriser la repousse des végétaux.

Le retardant est chimiquement neutre et en grande partie biodégradable. Il n’est toxique ni pour les hommes ni pour la faune ni pour la flore mais reste un produit irritant qui ne doit pas être ingéré et doit faire l’objet de protection de base pour les personnels à son contact direct. Il est fortement déconseillé, notamment, d’en faire usage à proximité d’un cours d’eau (100 mètres). Aux USA, certains parcs nationaux, pour préserver à tout prix le caractère naturellement sauvage et intact de leurs territoires en interdisent l’usage même lors des incendies majeurs ce qui nuit fortement à l’efficacité des moyens de lutte dans ces espaces effectivement précieux.

En France la compatibilité des produits proposés par les industriels du secteur chimique est validée notamment par le CEREN (Centre d’Essais et de Recherche de l’ENtente, liée à la Sécurité Civile) situé à Valabre près d’Aix en Provence. Ils doivent également répondre aux normes sanitaires européennes.

Remplissage des cuves de retardant dans les mélangeurs d’une base de Californie. La batte de Baseball sert à « détasser » la poudre qui sera mélangée à l’eau. (Photo : NIFC)

Le retardant est livré sous forme de poudre ou de pré-mélange qui doit ensuite être dilué pour obtenir la concentration idéale (20% de retardant, 80% d’eau pour le Fire Trol 931) avant d’être stocké en attendant d’être chargé dans les avions. Le produit ainsi obtenu a une densité supérieure à celle de l’eau, une donnée essentielle quand il s’agit de remplir les soutes des avions.

Ainsi la soute du Dash 8 est limitée à 10 tonnes. Même si elle peut contenir 10 000 litres, le chargement maximum de l’avion sera de 9000 litres de retardant. Avec une densité idéale de 1,1 kg/litre la masse emportée sera effectivement de 9 900 kg.

Préparation du retardant à partir de pré-mélange lors d’une activation des C-130 MAFFS dans les années 2000. (Photo : USAF)

Ces produits agissent sur la pyrolyse, le mécanisme de dégradation chimique des éléments qui en fracturant les liaisons atomiques permet l’apparition des flammes. En recouvrant les végétaux, le principe actif du produit retarde la déshydratation et la décomposition de la cellulose qui constitue l’essentiel de la structure des végétaux, dont le bois. Alors que la cellulose se décompose à 150°C et brûle, le retardant offre aux végétaux une protection suffisante pour qu’il soit nécessaire d’atteindre des températures beaucoup plus élevées (certaines sources avancent la température de 700°C) avant que cette décomposition chimique n’intervienne.

Si le retardant n’est pas exposé au feu, il conserve ses propriétés même si l’eau qui compose 80 à 90% du produit déversé s’est évaporée. Ses propriétés se dégradent ensuite progressivement en fonction de son exposition au vent et à la pluie.

En quelques largages sur les flancs et en tête des flammes, le Gibraltar Fire, en octobre 2015, a été circonscrit à une trentaine d’hectares. L’intervention a été massive car ce feu aurait pu menacer les villes de Santa Barbara et Montecito. (Photo : Cal Fire)

Outre sa nature, sa consistance un peu pâteuse, qui lui permet de bien adhérer à la végétation, et sa composition, l’efficacité du retardant repose aussi sur son homogénéité et sa bonne répartition au sol pour que son effet « bouclier » ou « isolant » soit maximal. Les modes de fonctionnement des soutes des aéronefs jouent alors un rôle significatif. Sa couleur rouge, en raison de la présence d’oxyde de fer, permet aux équipages de repérer facilement les largages précédents et d’ajuster le leur en conséquence. Des systèmes existent désormais pour repérer ces positions par GPS afin que les largages suivants soient parfaitement positionnés pour ne laisser aucun trou dans la barrière.

Le retardant est également bien plus polyvalent que l’eau, même additionnée de retardants courts-termes, dans son usage : Largué directement sur les flammes il aura un effet équivalent voire supérieur à celui de l’eau en raison de sa masse et de sa viscosité supérieure. Largué en amont du front de flammes ou sur les flancs, il servira de barrière pour stopper ou canaliser le développement de l’incendie. Largué très en amont du front, il peut aussi servir de barrière de protection, une fonction très utile pour les secteurs isolés ou difficilement accessibles pour les moyens terrestres, ou d’appui pour un brûlage dirigé.

La torche que porte ce forestier américain ne laisse aucun doute sur sa mission du jour, établir un contre-feu. le P-3 Orion largue son retardant pour établir la barrière d’appui qui va protéger la végétation de l’autre côté. (Photo : NIFC)

Si on écoute les pilotes volants aux USA, ils expliquent que le retardant gagne à être largué d’assez haut. Les consignes officielles sont d’ailleurs très claires à ce sujet : « le retardant doit arriver sur le sol avec le moins de mouvement horizontal possible » (3). Il doit donc « pleuvoir » sur l’objectif. Il s’agit d’épandre le produit et non pas de le larguer dans la plupart des cas.
Le retardant largué trop bas va avoir une composante horizontale plus forte et en théorie ne recouvrir d’un pan de la végétation à protéger sur une surface plus limitée. Un largage plus haut aura de son côté le désavantage de ne pas pénétrer le couvert végétal si celui-ci a une canopée très dense. Le rôle du pilote est donc d’adapter sa hauteur en fonction de l’objectif et des conditions aérologiques du moment.

Le largage haut permet d’avoir une répartition plus homogène de la charge. (Infographie de l’auteur – qui n’est toujours pas infographiste !)

Si le travail des Tanker lourds est souvent d’établir les barrières en amont du front de flammes ou sur ses flancs, les largages directs existent et sont régulièrement pratiqués par tous les aéronefs, mais là encore, les hauteurs de largages des avions US restent visiblement supérieures à celle des largages au retardant des avions français.

Aux USA, les Tankers larguent le retardant depuis une hauteur parfois élevée pour que le produit arrive au sol avec le moins de mouvement horizontal possible. (Photo : 10 Tanker)

Au regard de sa polyvalence, le retardant n’a finalement qu’un défaut : il est coûteux. En 2014, le prix du retardant déversé sur les feux aux USA était de 50 cents le litre. En France, pour 2018, 2,4 millions d’euros d’autorisations d’engagement et de crédits de paiement ont été concédés pour l’achat de ces produits en prenant pour base la moyenne de la consommation sur la décennie écoulée (4) (5).

Livraison des sacs de retardant. L’usage de ces produits exige effectivement une certaine logistique. (Photo : RAAF)

D’autres coûts sont à prendre en compte comme celui des installations spécialisées sur les aérodromes, qui peuvent être fixes ou mobiles, et celui du personnel en charge de les entretenir et surtout de les activer car intervenir autour des avions parfois moteurs tournants demande aussi d’avoir des équipiers spécialement formés.

Installation temporaire de production de retardant en soutien des opérations anti-incendie en Australie. (Photo : CFA Discrict 13)

En France, l’utilisation du retardant remonte à l’époque des Catalina où le mélange était effectué en vol, après écopage, par le mécanicien navigant. Les PBY-6A, dont le système d’écopage fut rapidement considéré comme moins sûr que celui des PBY-5A, furent même rapidement réservés au remplissage au sol, une solution opérationnelle qui donna satisfaction.

La Protection Civile a utilisé du retardant depuis ses Catalina dès les années 60. (Photo : DR, Coll. F. Marsaly)

L’arrivée des DC-6 et des Tracker n’a fait que confirmer la complémentarité des attaques directe à l’eau par les avions écopeurs et l’usage du retardant au cours des missions GAAr, Guet Aérien Armé, ou par les frappes massives.  Fokker 27, C-130 de location et désormais les Q400MR ont assuré ces missions sans interruption. Une telle expérience sur une période aussi longue serait insensées si elle n’avait pas fait concrètement ses preuves ! Il est même aussi possible, parfois, de voir des CL-415 français affectés à des missions GAAr larguer au retardant !

La France utilise du retardant depuis les années 60 et a évalué son premier Tanker en 1978, un DC-6. Les Q400MR d’aujourd’hui sont dans la continuité de cette histoire. (Photo : Alexandre Dubath)

L’usage du retardant, systématique aux USA et extrêmement fréquent en France, répond à des besoins spécifiques. Son efficacité à moyen ou long terme apporte une efficacité différente aux largages des aéronefs. Il est indissociable de l’usage des « Tankers » même si les « écopeurs » peuvent aussi en recevoir sans contre-indication. Moins médiatisé en France que les norias des Canadair, il constitue cependant une arme de premier choix, le budget qui lui est consacré chaque année en atteste. Les tâches écarlates laissées par les avions de lutte anti-incendie sur les forêts démontrent qu’il s’agit bien d’une arme de toute première importance dans ce combat.

 

 

(1) Le « Thermo Gel » a été notamment employé par le Martin Mars en Colombie Britannique. De son côté, la société française Advantagri avait reçu la médaille d’or catégorie « biomatériaux » au salon de l’Agriculture 2007 pour son retardant court terme « Gel Feu » à base de fécule de pommes de terre mais qui ne semble pas avoir été commercialisé.

(2) La durée de l’efficacité de ces retardants est inférieure à la demi-heure.

(3) Interagency Aerial Supervision Guide (IASG) 2011, Chapter 9 p101 – Tactical Aircraft Operations : « It is important for the retardant to “rain” vertically with little or no forward movement. »

(4) Avis sur le projet de loi de finances pour 2018 ; Sénat, 23 novembre 2017. La quantité de produit ainsi financée n’est pas indiquée.

(5) « Quant au retardant, il coûte environ 2 000 euros la tonne. » Rapport du Sénateur Jean-Pierre Vogel, 25 septembre 2019. Il s’agit du prix du prémélange facturé par le fabriquant.

 

Voici un nouveau sujet où l’auteur aurait été bien seul et bien démuni… Donc, encore merci à Jérôme, Francis, Cyril et Franck… un peu comme toujours !

Juillet 2009, la visite du Supertanker en France

Le Supertanker en France ? A vrai dire, personne n’y croit vraiment !

Il en était de même il y a 10 ans alors que le concept de VLAT n’était pas encore parvenu à s’imposer même aux USA. Quand un ami, Dominique, m’a prévenu au début du mois de juillet 2009 que la société Evergreen allait effectuer une visite en France, à Chateauroux, avec son nouveau Boeing 747-100 modifié pour la lutte anti-incendies, j’ai été particulièrement surpris. D’autant plus que le salon du Bourget venait de s’achever : quitte à se montrer en Europe, autant le faire au cours de la grande messe de l’aéronautique ?

Un carton d’invitation particulièrement précieux !

Je suis resté dubitatif jusqu’au moment où on m’a communiqué le carton d’invitation. Effectivement, le 16 juillet 2009, le Supertanker serait en France. Mais la nouvelle ne devait pas être ébruitée. Et le secret avait été bien gardé car jusqu’à l’arrivée de l’avion, l’info ne perça pas. Les réseaux sociaux existaient bien, et Flightradar24 était encore balbutiant…

Le choix de ne pas apparaître au Bourget me semble aujourd’hui cohérent : il est difficile pour les constructeurs d’avions positionnés sur les marchés alternatifs de se faire une vraie place médiatique au Salon du Bourget, même si je n’ai guère de doute sur le fait que le Supertanker aurait fait une très belle vedette pour le show. Mais l’expérience menée par Tanker 10 et son DC-10 en 2005 avait sans doute été prise en considération. Ce sont ces considérations qui ont mené à l’organisation de manifestations spécialisées, les Aerial Fire Fighting Events.

2005, Tanker 10 impressionne le Bourget avec son DC-10 et ses 45 tonnes, alors, d’emport. Mais le maître étalon de la lutte anti-incendie en Europe demeure le Canadair et l’expérience n’aboutit sur aucune expérimentation opérationnelle et encore moins de contrats.

Pour la société Evergreen, le 747 de lutte anti-incendie était alors surtout une grosse dépense car il n’avait pas ramené le moindre cent dans les caisse de l’entreprise ; la participation au Salon du Bourget aurait été d’un budget supérieur à la tournée européenne du Supertanker. Le choix de Chateauroux était aussi logique : un aérodrome plutôt orienté cargo avec une longue piste et un trafic très raisonnable autour, qu’il était possible d’interrompre facilement le temps de la démonstration, situé au centre de la France, ça tombait un peu sous le sens…

La veille, je suis arrivé à Tours pour me faire récupérer par Cyril et profiter lâchement de son véhicule. Passionné de bombardiers d’eau, l’idée de voir le Supertanker sans avoir à traverser l’Atlantique l’avait tout autant surpris que motivé.

Le jour dit, en présence de quelques journalistes spécialisés, de représentants des presses généralistes locales et nationales, de quelques délégations de pompier, en l’absence de toute représentation de la Sécurité Civile, nous constations que le Boeing était bien là. Il s’agissait du Boeing 747-100 N479EV Tanker 979.

On s’active autour du Boeing 747 d’Evergreen.

Après avoir évalué un premier système de largage sur le Boeing 747-200F N470EV Tanker 947 l’entreprise décida de réaffecter l’avion à sa mission première, le transport de fret, vocation opérationnelle première d’Evergreen, et d’utiliser pour la suite du développement du concept de Supertanker un 747-100 plus ancien et à la charge marchande moins élevée.

En l’absence d’un pélicandrome adapté, les 72 000 litres d’eau avaient été pompés par les pompiers locaux avec leur matériel habituel. Il leur avait fallu une demi-journée pour compléter l’opération. De quoi porter préjudice au concept : « Si il faut 8 heures pour le remplir, à quoi peut donc bien servir cet engin ?! » Vu sous cet angle, c’est indéniable, mais on sait, depuis, qu’on peut remplir un 747 bien plus rapidement (1)…

Nous récupérons nos badges et nous sommes rapidement amenés de l’autre côté de la piste pour ne pas être à contre-jour lors du largage comme nous l’avons demandé. Nous nous retrouvons sous les ailes du Boeing 747SP ex-F-GTOM de Corsair, planté là depuis son retrait de service et utilisé pour de nombreux exercices avec les pompiers et même le GIGN.

Le seul et unique Boeing 747SP a avoir volé sous registre français pour la compagnie Corsair a été utilisé pour de nombreux exercices avec des thématiques catastrophe et terrorisme, une retraite utile donc.

On nous donne aussi comme consigne de ne pas prendre en photo les avions cargo qui sont en train de charger du fret à quelques dizaines de mètres de nous, c’est à dire l’Il-76 TN-AFS, le C-130 4178 de l’aviation pakistanaise et un Antonov 12 un peu trop loin pour être identifié.

Vers 10h40, le Boeing 747-100 commence à rouler et décolle face au nord à 10h45. L’appareil s’éloigne un peu et effectue un premier passage face au sud pour prendre ses marques.

Après un premier passage, le 747 vire à gauche pour refaire un circuit et se présenter pour le largage, l’occasion de le photographier sous un angle original et de tester les capacités du Sigma 50-500 ! (focale 500mm recadrée)

Les photographes n’en demandent pas tant et mitraillent tant qu’ils peuvent. Pour l’occasion, j’avais réussi à me faire prêter un Sigma 50-500, première version, sans stabilisation, dont les résultats sur un Nikon D70 furent très honorables ! L’amplitude de ce zoom m’a permis de photographier l’ensemble de l’opération sans avoir à changer d’objectif…

A 10h53, le jumbo est de retour et débute son largage. Les 72 000 litres d’eau sont déversés en tout juste 20 secondes. Le N479EV Tanker 979 se pose finalement à 11h01.

16 juillet 2009, 10h53 locales, un Boeing 747 arrose la pelouse de l’aéroport de la préfecture de l’Indre ! Étonnant, non ? (focale 50mm recadrée)

Une conférence de presse est organisée ensuite dans les locaux de l’aéroport. Après une présentation formelle du concept pendant quelques minutes, les responsables d’Evergreen répondent aux nombreuses interrogations des journalistes et des délégations par le truchement d’un interprète qui, tout au long des débats a confondu US Forest Service et US Air Force…

Après la démonstration en vol du Supertanker, la conférence de presse.

Je dois bien avouer que je faisais partie des personnes que le concept de VLAT laissait dubitatives. Mais les explications d’Evergreen étaient claires : le 747 n’était que la pièce la plus grosse dans la boîte à outil des moyens de lutte anti-incendies. L’appareil n’était pas conçu pour se substituer aux aéronefs habituels, mais pouvait constituer une arme décisive pour les opérations les plus importantes. Rapide, capable d’être déployé rapidement partout autour du monde et une capacité d’emport inégalée, le Supertanker avait effectivement des arguments à faire valoir. Même son coût n’est pas absolument délirant si on prend en compte ses capacités réelles.

On se presse pour accéder au plus imposant appareil de lutte anti-incendie de son époque !.

Nous sommes ensuite conviés à visiter l’avion et c’est là que nous découvrons l’étonnant agencement des citernes de mise sous pression du système à l’intérieur du pont principal du cargo et le cockpit étroit du Boeing.

L’aménagement particulier du système de largage sous pression du Supertanker.

Bonne surprise, au moment où nous quittons l’appareil, un autre Boeing 747 attire notre regard. Il s’agit du Boeing 747SP VP-BAT du Qatar qui effectue devant nous une longue série de touch & go. Même si il est encore largement à contre jour, immortaliser cet appareil – que j’aurais la chance de revoir au Bourget à plusieurs reprises – est un vrai plaisir et un petit bonus à cette journée quasi parfaite.

Deux Boeing 747SP sur une seule photo, une occasion rare !

Après une courte étape chez Dominique pour nous restaurer, nous repartons vers Tours. Cyril me lâche à Saint-Pierre-des-Corps où j’arrive à attraper un TGV pour Paris.

Deux des marques portées par le 747-100 d’Evergreen

Bien évidemment, cette visite ne passa pas inaperçue. Le Supertanker fit l’ouverture du JT de 20 heures du TF1 mais comme c’est devenu habituel il fut comparé au Canadair et à aucun moment le mot retardant ne fut prononcé. Les gens d’Evergreen avaient pourtant insisté sur l’usage des produits spécialisés mais pour de simples histoires de coûts, toutes les démonstrations de Tanker ne sont jamais effectuées qu’à l’eau claire ce qui fausse la perception de son usage réel aux observateurs les moins avertis.

Le lendemain l’appareil a décollé pour l’Espagne, à Ciudad Real. Sur un feu dans la région de Cuenca, 5 pompiers sont tués. Le 22, le 747 effectue son premier largage opérationnel, à l’eau, sur ce même incendie. Considérée comme décevante, les pompiers espagnols décident de ne pas renouveler l’expérience. L’appareil s’envole alors vers l’Allemagne où il effectue une nouvelle démonstration, à Francfort-Hahn, le 24. A la fin du mois, il effectue une première mission en Alaska, illustrant au passage ses capacités à intervenir rapidement sur des secteurs très éloignés.

Nous sommes 10 ans plus tard. Evergreen a fermé ses portes et le système qui était embarqué à bord du 747-100 se trouve désormais à bord d’un 747-400 qui multiplie les interventions sur plusieurs continents depuis son entrée en service. Les temps ont changé…

La dérive du 747-100 frappé de son indicatif.

il reste que le Supertanker est bien venu en France… et nous y étions !

 

(1) Au USA, le temps de remplissage du Boeing 747-400 est d’environ 30 minutes. Le record a été établi au Chili avec 12 minutes 59 secondes. En Bolivie, le record a été de 18 minutes.

Paris-Villaroche Air Legend 2019

Après une première édition saluée comme réussie, les organisateurs étaient attendus au tournant. Le programme était alléchant, conforme aux ambitions affichées dès le lancement du projet : du Warbird, du jet, que du lourd… Effectivement, le plateau était superbe et le spectacle enthousiasmant.

Comme l’an passé, j’ai fait l’impasse sur le samedi. Le dimanche je suis arrivé par les transports en commun : Train direct depuis la gare de Lyon puis navette vers l’aérodrome. Première bonne surprise, les navettes étaient bien fléchées avec du personnel pour guider les visiteurs et les rotations plus fréquentes. Conséquence, les bus étaient pleins, ou presque (1). Et le retour fut tout aussi rapide.

Une fois sur place, perception du badge, fouille du sac et en quelques minutes j’étais sur place. Les premières infos recueillies auprès de l’équipe du Fana n’étaient pas très bonnes, le F-86 de Fred Akary était bloqué en Autriche par la météo et sera dans l’incapacité de rejoindre la France. Dommage.  Mais les deux autres grandes vedettes du show, le T-33 de Top Gun Voltige et le MiG-15 du Norwegian Air Force Historical Squadron étaient bien là.

MiG-15 et T-33, les vedettes annoncées étaient bien là. Le F-86, qui aurait bien complété le tableau, était bloqué en Autriche par la météo.

C’était le moment de prendre le temps de faire le tour de l’exposition statique. L’enclos est vaste, les avions pas trop entassés… l’occasion de tirer le portrait de près de quelques machines et de croiser quelques copains engagés comme guides pour les visiteurs les plus curieux et présents pour répondre aux questions des visiteurs.

Plusieurs avions étaient effectivement intrigants comme ce P-40F de The Fighter Company dont le pedigree semble particulièrement curieux. Il y avait aussi un P-51 Mustang basé en Allemagne et rarement vu en France et bien d’autres curiosités comme le Sea Fury aux couleurs irakienne, basé et immatriculé en Belgique et qui dispose encore de son moteur Centaurus d’origine.

De façon tout à fait bizarre, c’est l’avion d’accompagnement de la Patrouille de France qui m’a principalement attiré puisqu’il s’agissait d’un des deux nouveaux C-130J-30 de l’Armée de l’Air que je n’avais, jusque là, que vu d’un peu loin lors des derniers défilés du 14 juillet. Las, la PAF étaient attendue ailleurs et l’équipage se préparait à partir, pour visiter la bête, ça sera pour une prochaine fois.

Le C-130J-30 d’accompagnement de la PAF.

La quasi totalité des avions présents allait voler dans l’après-midi donc il était temps de trouver un emplacement près des barrières non sans avoir passé un moment dans les stands, saluer Eric qui présentait son nouveau livre sur le Mystère IVA ou Albert et sa maquette du DR400 au 1/48e. Puis je suis passé chez The Aviation Bookshop et j’ai été très très fort… en dépit de titres tentants, j’ai réussi à ne rien acheter… (2)

Après avoir savouré un excellent sandwich au foie gras poêlé (proposé à un tarif qu’on qualifiera de raisonnable à 10 €) il était temps de se mettre en position pour le show. C’est au nord de la plateforme que j’ai retrouvé mes amis et le choix de la position s’est avéré particulièrement avisé. Autant l’an passé nous avions pesté du positionnement du haut-parleur et des commentaires trop forts, autant là… rien… et pourtant nous n’avons pas perdu une miette de ce que Bernard Chabbert disait puisque nous étions à quelques pas de lui, mais dans notre recoin, au calme… c’était parfait !

Petit, assez rapide, le BD5 version jet est très difficile à photographier.

Vers 13 heures, les démonstrations en vol débutèrent et les avions défilèrent ainsi sans interruption jusqu’à environ 18h00. Les représentants officiels de l’Armée de l’Air étaient bien présents. Le Rafale Solo Display célébrait ses 10 années avec une décoration assez seyante et symbolique. Il s’agissait aussi d’une des dernières démonstrations publiques de « Babouc » qui va laisser son siège pour la prochaine saison et devenir « coach » de son successeur comme c’est devenu la tradition.

Le Rafale dédié au RSD avec sa décoration spéciale dévoilée très récemment.

L’Alpha Jet solo display était là également et il aurait été bienvenu de le faire évoluer en patrouille avec le T-33, les deux appareils portant l’insigne de l’École de Chasse (3). L’EVAA a également régalé les spectateurs mais si il ne fallait retenir qu’une démonstration, ce serait celle de l’A400 qui mérite d’être vue et revue !  Maîtrise des trajectoire et illustration parfaite de la maniabilité de la monture, quelques passages bien spectaculaires pour les spectateurs, c’était splendide. On s’approche clairement des démo du Spartan au Bourget 2009 ou du C-130J en 2011 mais évidemment sans égaler celle du LM-100J de Farnborough 2018… Ça envoie !

La démo tactique de l’A400M, à voir, vraiment !

L’aéronautique navale ne fut pas en reste grâce aux Cocardes Marine qui, fidèles à leur habitude, sont arrivées groupées, encadrés par deux Rafale de la 11F et auxquels s’est joint un Vampire/Venom, histoire de ne pas oublier que la Marine en a eu quelques uns en plus de ses Aquilon (4).

Les cocardes marine approchent… On commence à s’habituer de les voir ainsi, mais s’en lasser ? non !

On aura du mal à se lasser de voir évoluer ensemble Zéphyr et Paris et Alizé.

En 2000, lors du retrait de service de l’Alizé, on était loin d’imaginer que 20 ans plus tard le 59 pourrait retrouver le ciel !

Puisqu’on parle d’avions embarqués un tantinet musclés, le F4U-5 de la Ferté-Alais était également présent et l’ouverture du show, en patrouille serrée avec le F8F Bearcat risque de rester longtemps dans toutes les mémoires…

Le F4U Corsair de la Ferté, remis en état de vol récemment n’a pas tardé à reprendre sa place de vedette incontournable de meeting aériens !

Et qui mieux que Ramon Josa, légende vivante de l’Aéronautique Navale française pour en commenter l’histoire et les évolutions ?

Pour Ramon Josa, Corsair, Crusader, Etendard et Super-Etendard n’ont aucun secret ! L’art de l’appontage non plus !

Le Corsair laissa la place au Grumman F8F Bearcat piloté par Peter Kynsey pour une démonstration de pilotage extrême vraiment enthousiasmante.

Le plus petit fuselage possible autour du plus puissant moteur de l’époque… Le Bearcat est particulièrement véloce.

Bernard Chabbert abandonna donc son micro sans regret à Claude Liédet qui pilota ces appareils en Indochine. Ce genre de moment mérite d’être renouvelé tant que ces vétérans le peuvent !

Claude Liédet raconte le Bearcat qu’il a intimement connu. Bernard Chabbert savoure !

Et le spectacle ne s’est pas arrêté là. Deux P-40 et un Curtiss H.75, trois Spitfire dont celui de Caroline Grace, qui à l’époque était monoplace et fut piloté par le français Jean Dabos, et un Hurricane ont notamment évoqué la seconde guerre mondiale.

A noter que quatre Yak ont évolué ensemble un bon moment en se suivant de près, comme une sarabande aéronautique… c’était du plus bel effet.. à regarder comme à écouter !

Sarabande de Yak… Une belle façon d’évoquer le front Russe !

Et que dire de cette patrouille absolument mythique entre le Curtiss H.75 et le D.3801 Suisse, tout à fait représentatifs de la chasse française en 1940. On parle beaucoup de patrimoine… en voilà, du patrimoine !

Curtiss H.75 et MS.406 ont été au cœur des combats de mai 1940.

Le D-3801, version Suisse du MS.406, est splendide avec ses couleurs originales.

D’autres machines impressionnantes vinrent compléter le spectacle comme ce superbe TBM Avenger ou le très élégant Lockheed Electra.

Le Lockheed Electra au décollage.

Le TBM Avenger fut un des outils majeurs de la victoire de l’US Navy dans le Pacifique et sa carrière ne s’arrêta pas là.

Quatre T-6 évoluèrent aussi de concert ainsi qu’un T-28 et comment ne pas citer le CAC Boomerang ?

Comme l’original, ce CAC Boomerang est une extrapolation d’un T-6 !

Les guerres plus récentes furent aussi évoquées avec un Cessna 337 grimé en O-2 de l’aviation du Vietnam du sud, guidant deux Skyraider, offrant l’occasion aux organisateurs de faire un peu parler la poudre…

Skyraider en approche, tous aux abris !!

Puisque la thématique portait sur les jets des débuts de l’ère de la réaction, nous avons eu la chance de voir évoluer ce Hunter biplace Suisse.

Le Hunter Suisse biplace nous a régalé avec une démonstration élégante et très dynamique.

Mais évidemment, ce sont le MiG et le T-33 que tout le monde voulait voir ! Alors que leurs démonstrations respectives étaient largement espacées dans le programme des vols, pourquoi a-t-il donc bien fallu que les deux légères ondées de l’après-midi surviennent pile, exactement, à ces deux moments là ? Par chance, elles ne furent ni longues ni intenses, mais pour les amateurs de photos d’avions sur fond bleu, c’était raté !

Sans doute plus chromé que ne l’étaient les avions de Meknes puis de Tours, le F-AYMD est superbe.

ça faisait quelques années qu’un T-33 n’avait pas survolé la France, voici un retour qui fait vraiment plaisir !

Pour distinguer les photos prises le samedi de celles prises le dimanche, c’est simple : la couleur du ciel à l’arrière plan !

Le MiG-15 UTI norvégien a été construit par PZL-Mielec en Pologne.  Il passe devant un des rares bouts de ciel bleu de Melun qui restait au moment de sa démo.

Petit, agile, à voir évoluer le MiG-15 on comprend qu’il a été un adversaire coriace pour les F-86 en Corée.

Le meeting s’est conclu par quelques passages du DC-3 de Chalair en patrouille avec les deux P-51 Mustang et c’est à la Patrouille Tranchant, leadé par Hugues Duval qu’est revenu le privilège de fermer le rideau sur cette deuxième édition du meeting de Melun. Puisque la thématique était fortement marquée par les jets des années 50 et 60, pouvait-il en être autrement ?

Un des derniers tableau du show, le DC-3 escorté par deux Mustang.

Quelle conclusion tirer de cette deuxième édition : Qu’il est encore plus nécessaire que le show continue à s’éloigner de ce qui est proposé à la Ferté et que les organisateurs poursuivent dans cette voie avec une thématique resserrée et un plateau toujours impressionnant ! Pour les connaisseurs, l’absence du F-86 n’a pas été un drame, en tous cas moins que les deux averses du dimanche pendant les démos du MiG-15 et du T-33 ! Faut bien avouer que c’était pas de bol ! Mais pour les organisateur, le pari a été une nouvelle fois tenu, le « métal hurlant » promis ayant été massivement présent !

Rendez-vous est fixé désormais pour les 12 et 13 septembre 2020 !

Authentique, exotique et particulièrement racé, ce Sea Fury fut une des très belles surprises de cette deuxième édition du Air Legend 2019 !

 

(1) Vu l’effort fait par ces passagers pour ne pas venir encombrer les routes, il serait de bon ton de passer à des mesures encore plus incitatives comme offrir en retour l’accès à l’enclos statique par exemple !

(2) on me souffle dans l’oreillette que c’était plus en raison de l’encombrement causé par une pile de livres dans les transports en commun qu’autre chose. On se rattrapera la prochaine fois !

(3) Le T-Bird a bien fait escale à Tours le lendemain du meeting pour une belle séance photo « de famille » !

(4) Si l’Aquilon a déjà son livre de référence, les Vampire et Mistral français vont bientôt bénéficier aussi du « pavé » qu’ils méritent… encore un peu de patience, les auteurs sont en train de corriger les premières épreuves de mise en page.

Enghien-Moisselles, aérodrome parisien atypique

Depuis plusieurs mois, pour des raisons un peu longues à expliquer, je fréquente régulièrement le très agréable aérodrome d’Enghien-Moisselles (LFFE), au nord-ouest de Roissy. Plutôt que de faire un compte-rendu de la fête aérienne qui s’y est déroulé le weekend des 14 et 15 septembre dernier, voici une présentation de cet aérodrome si particulier et des machines, plus sympathiques les unes que les autres, que l’ont peut y voir.

Avions privés et de club se partagent le parking de LFFE.

L’aérodrome a été créé dans les années 30 à l’initiative de la ville d’Enghien-les-Bains qui reste propriétaire du terrain, ce qui explique le nom de la plateforme alors que les deux villes ne sont absolument pas limitrophes, situées à une dizaine de km l’une de l’autre.

Après avoir été une des plateformes les plus actives de la région parisienne, l’ouverture de Roissy en 1974 et l’instauration d’une CTR, une zone contrôlée destinée à protéger les approches des avions de ligne, a limité l’accès aux pistes aux seuls avions basés. Un « chenal » obligatoire permet aux aéronefs au départ et à l’arrivée de LFFE de sortir de la CTR.

Une improbable patrouille qui illustre bien la proximité des avions de ligne au départ de Roissy qui survolent le terrain notamment lors des décollage en direction du nord-ouest.

Dans cette enclave, le plafond autorisé n’est que de 1500 ft ce qui limite les possibilités d’activités, en particulier lors des fêtes aériennes puisque le terrain se trouve lui-même autour de 330 ft.

L’aérodrome est géré par l’Aéroclub les « Ailerons ». La piste, en herbe et en bosses, mesure 740 mètres de long. Elle a un profil particulier. Elle monte fortement au début de la 07, en raison notamment d’un gros fossé qui génère, par vent d’est, de bons rouleaux. La pente s’atténue ensuite. On peut parler ici d’un champ d’aviation. De l’avis de nombreux pilotes, quand on a appris à se poser à Moisselles, on trouve beaucoup de pistes très faciles par ailleurs !

Jusqu’en 2017, la piste 16-34, qui ne faisait que 570 mètres, apparaissait encore sur les cartes officielles mais elle n’était plus utilisée depuis un moment. A l’ancien seuil 34, les aéromodélistes disposent désormais de deux pistes dédiées pour leurs activités. Les pompes a essence délivrent de l’AvGas 100LL et de l’UL 91 pour les moteurs Rotax des PS-28 et des ULM.

L’aérodrome de Moiselles en 2018. La vue satellite ne permet pas de distinguer le profil particulier de la 07-25. Les deux pistes d’aéromodélisme se trouvent à l’emplacement de l’ancienne piste.

Environ 250 pilotes et élèves pilotes, une dizaine sont brevetés chaque année, effectuent une moyenne annuelle de 2500 heures de vol. Une trentaine de collégiens travaillent avec les formateurs bénévoles pour décrocher leur Brevet d’Initiation à l’Aéronautique (BIA).

En courte finale 07 à bord d’un Cessna 152 en mai 2018.

Une dizaine d’instructeurs, dont un salarié à plein temps, officient sur les avions école du club, deux PS-28 et trois Cessna 152. Les trois Cessna 172 et le Da40 ont clairement une vocation voyage. Le Piel CP 320 Super-Emeraude permet de faire des voyages avec un petit côté rétro et fun très apprécié des amateurs !  Le club dispose de son propre atelier de maintenance.

Le Sierra-Zoulou, un Piel Super-Emeraude, construit à Moisselles dans les années 80 et revenu au bercail en 2014 après avoir fait le bonheur de l’aéroclub de Quiberon pendant des années. Il en faudrait un deuxième !!

La planche de bord du Sierra-Zoulou. La navigation se fait grâce à l’écran du Dynon et… à un Ipad qui dispose de son emplacement dédié. Trois reproches néanmoins : le siège est un peu haut pour un pilote d’un mètre 85, le trim est positionné un peu trop en arrière entre les sièges et le positionnement de la manette de sélection des réservoirs gagnerait à être plus clair. Mais en dehors de ces quelques points cet avion est une merveille et un bonheur à piloter !

L’histoire de Moisselles se confond aussi avec celle des avions de Claude Piel. Le génial concepteur de l’Émeraude et de ses dérivés, du Béryl au Cap 10, du Saphir ou du Diamant, fait voler ici en 1948 son tout premier avion, le CP 10, un « pou du ciel » qu’il a conçu et construit. Il devient plus tard salarié de la Scintex, qui construit en série des Emeraude et dont le PDG, M. Vernhes, est aussi président des Ailerons de 1949 à 1971.

Aujourd’hui son fils prolonge la saga depuis les hangars de Moisselles. Le premier Béryl, qui fut l’avion familial avec lequel ses parents ont sillonné la France et qui est resté dans la famille, est basé ici.

Le tout premier CP-70 Béryl, l’aile de l’Emeraude avec un fuselage biplace en tandem, l’avion personnel de Claude Piel et qui est resté dans la famille. Quelle allure !!

Bien d’autres Piel fréquentent donc la 07-25 de LFFE et ce n’est pas terminé puisque les membres du RSA, qui disposent d’un hangar-atelier dédié à leurs activités, continuent à construire des Piel, le prochain à voler devant être un ULM CP 150 Onyx d’ici quelques mois.

Le F-BJVB est un Emeraude construit par la Scintex dont Claude Piel était salarié et le PDG président des « Ailerons ». Avion privé, il demeure basé à Moisselles.

Un Super-Emeraude construit à Pont-sur-Yonne et désormais basé à Moisselles. Notez son train d’atterrissage d’avion de voltige !

Mais le chef d’œuvre est ce CP 1322 Saphir, construit par son pilote après un chantier de plus de 8 ans et qui a été amélioré par un train d’atterrissage rentrant et une hélice à pas variable. Avec ses 200 ch, il file à plus de 250 km/h en croisière et ceux qui l’ont approché ne peuvent que louer la qualité de la finition de cet appareil. Les quelques pilotes qui ont eu la chance de pouvoir l’essayer ont également loué l’homogénéité de ses commandes de vol, parfaitement équilibrées, ce qui a sans doute exigé un immense travail.

Le Saphir F-PNAR est un avion unique, sans équivalent.

Pour le plaisir, son pilote-constructeur, l’a même équipé d’un fumigène. Néanmoins, il s’agit d’une machine taillée pour le voyage.

Le dynamisme de la section RSA qui existe sur la plateforme explique notamment ces nombreux appareils et tout le monde se félicite de pouvoir disposer de la compétence et du talent de ces constructeurs amateurs qui, pour la plupart, volent également aux Ailerons. La maintenance du Super-Émeraude Sierra-Zoulou est assurée en partie par les membres du RSA, les mêmes qui l’ont remis en état de vol au printemps dernier. Que grâce leur soit rendue !

D’autres appareils complètent l’arsenal présent sur l’aérodrome, dont voici quelques exemples intéressants.

Le F-PUIL, un Jodel D.140, ici avec ses skis à l’occasion de la fête aérienne 2019, est parfaitement adapté à la piste courte et bosselée du terrain !

Grand classique de l’aviation française, ce TB-20 Trinidad, appareil de voyage très performant, s’accommode pourtant très bien de la très courte piste de LFFE, gènes de Rallye obligent.

Un Cessna 182. Il est équipé d’un Garmin G1000 et son pilote aime énormément voyager. Ça tombe bien, c’est là où le Skylane donne son meilleur.

Quelques ULM sont présents et cette activité pourrait se développer. Un des aéronefs les plus singuliers de Moisselles est cet autogire dont l’équipage propose au public des vols de découverte au-dessus de la région. Une façon de voler, la tête à l’air libre juste délicieuse !

Toute l’équipe de 09-27.fr profite d’un bon moment en place arrière de l’autogire de Girofly ! (Photo : Franck Mée)

Manœuvrant, démonstratif et facile à piloter, l’autogire est en train de faire un retour en force chez les ULMistes.

Les avions de collection ne sont pas en reste. Bien sûr, la piste est trop courte pour accueillir certains warbirds mais le patrimoine aéronautique n’est pas constitué que d’avions lourds et imposants. Les avions légers, anciens voire très anciens constituent d’excellents exemples préservés d’une certaine vision de l’aviation légère d’autrefois et méritent donc le soin que leurs propriétaires leur apportent.

Récemment sorti de restauration, le F-POOO est un NC954S dont le tout premier pilote fut le célèbre Henri Giraud spécialiste du vol en montagne et qui posa son Super-Cub au sommet du Mont-Blanc en juin 1960.

Avions légers aujourd’hui un peu oubliée, les NC n’en sont pas moins de vrais avions de collection finalement assez abordables.

Un très rare Leopoldoff a également trouvé refuge à Moisselles. Il est entre de très bonnes mains !

Les hangars de Moisselles hébergent également un Stampe (F-BMMH) et un Piper L-4 Cub. Ce dernier a été acquis par son propriétaire avant même que celui-ci n’obtienne son brevet de pilote… c’était il y a plus de quarante ans et ils continuent depuis à voler ensemble. Encore une belle histoire !

Le F-BMMH, basé à LFFE et vu ici lors d’un rassemblement de Stampe à Pithiviers en 2013.

La proximité de Roissy constitue à la fois une gêne et une chance pour les opérations à Moisselles. En étant d’usage restreint et avec un trafic limité les problèmes avec les riverains de l’aérodrome sont peu nombreux. Plus étonnant encore,  beaucoup d’habitants du secteur ignorent même qu’il y a un aérodrome là. Ce phénomène pourrait se renforcer avec l’arrivée de nouveaux avions équipés de moteurs Rotax, comme les PS-28 du club, beaucoup plus discrets que les Cessna par exemple.

L’autre intérêt, mineur néanmoins, de l’endroit est d’être parfaitement placé pour admirer les approches des avions de ligne au départ ou à l’arrivée de l’aéroport international et de pouvoir les photographier (avec le matériel adapté !) sans même disposer de la fameuse autorisation préfectorale obligatoire pour les spotters.

Le Boeing 747-8 de l’Emir du Qatar photographié depuis LFFE en septembre 2019. Très longue focale obligatoire quand même !

Un MD-11 cargo sort ses trains à environ 5 nautiques de son arrivée à Paris alors que le soleil se couche.

Mais il existe bien d’autres raisons qui font de cet aérodrome un endroit attachant ; certaines sont tout à fait dénuées d’objectivité… Une question de rencontres, de personnes et de moments aussi sympathiques qu’inoubliables.

Le parking en pente, le taxiway et la 07-25 si particulière de LFFE. Notez l’Extra 200 venu en ami depuis Persan-Beaumont pour la fête aérienne.

On y croise des aviateurs de tous horizons et, c’est sans doute ce qui explique une bonne part de son dynamisme, de nombreux jeunes inventifs et volontaires !

La proximité des avions fait de Moisselles un endroit où les vocations peuvent naître tôt !

Bien sûr, aucune association n’est un monde parfait mais Moisselles, avec sa structure particulière et surtout les nombreuses interactions entre les entités qui partagent ses installations possède de quoi affronter l’avenir la tête haute, susciter des vocations et participer à continuer de faire du rêve de voler une réalité.

Un des Cessna 152 des « Ailerons » en vol non loin de l’aérodrome un soir d’hiver.

De l’utilisation du nom « Canadair » !

Le mot Canadair s’est substitué à celui de « bombardier d’eau » ou « avion-citerne » depuis bien longtemps, surtout en France. En général, ce n’est pas problématique pour les conversations courantes, mais quand le terme est utilisé à mauvais escient par les organismes gouvernementaux puis les organes de presse, ça peut mener à des confusions gênantes.

Ce fut le cas avec l’annonce du G7 d’un déblocage de 20 millions pour augmenter les moyens aériens qui luttent contre les feux en Amazonie qui a été rapidement traduite en « 20 millions pour des Canadair », comme ce fut aussi le cas lors de l’incendie de Notre Dame de Paris où le tweet du Président américain parlant de « flying water tanker », ce qui pouvait inclure aussi des HBE, fut un trop hâtivement interprété de la même façon.

Or, Canadair fut un grand constructeur aéronautique de sa fondation en 1944 à son rachat par le groupe Bombardier en 1986. Et le groupe Longview qui a désormais repris les certificats de type de ces bombardiers d’eau envisage très sérieusement d’en relancer la production sous le nom de « Canadair 515 » et donc à recréer la marque comme ils viennent de le faire aussi pour la non moins célèbre firme De Havilland Canada !

Donc pour expliquer rapidement que tous les bombardiers d’eau ne sont pas des Canadair  j’ai rapidement réalisé cette petite infographie qui devrait cadrer le sujet de façon claire.

Oui, je ne suis pas infographiste, ça se voit tant que ça ?

Bien sûr, il y a d’autres aéronefs Canadair qui auraient pu servir à illustrer ce document (sans doute amené à servir régulièrement), comme les CRJ (Canadair Regional Jet) récemment revendus à Mitsubishi, tout comme il existe bien d’autres aéronefs de lutte contre les incendies qui auraient pu trouver ici leur place, mais il fallait faire un choix !

L’histoire de Canadair mérite qu’on s’y attarde et plutôt que de m’y coller, on ne peut que vous conseiller le livre de Ron Pickler et Larry Milberry « Canadair, the first 50 years » publié chez Canav Books en 1995, qui a aussi bénéficié d’une édition en français « Canadair, les 50 premières années » qu’il est encore possible de trouver d’occasion de temps en temps.

En 392 pages, bien denses tout en étant fort bien illustrées, ce livre raconte l’histoire de l’entreprise et ses programmes, ceux qui ont abouti à des industrialisations en série, les productions sous licence, les matériels construits en sous-traitance et les différents projets menés dans des domaines aussi vastes que l’aéronautique, l’espace et les transports terrestres, et vous verrez que cette entreprise ne peut pas vraiment se résumer à ses seuls bombardiers d’eau !

Une bonne frayeur pour un équipage de Neptune Aviation

La vidéo date du 1er juillet 2019. Elle montre le BAe 146-200 Tanker 01 ( N473NA, MSN E2045) de Neptune en opération sur un feu au Nouveau Mexique pour le compte de l’US Forest Service. De toute évidence c’est un pompier qui filme.

 

Le jet approche d’un feu très peu virulent, on ne voit que quelques fumées blanches éparses, à une altitude qui semble normale et avec une attitude standard, les ailes à plat. Le largage débute et semble s’interrompre. L’avion effectue une ressource  modérée mais l’ombre de l’avion sur la colline ne laisse aucun doute sur le peu de marge de hauteur restante, les arbustes soufflés non plus.

Il s’en est sans doute fallu que de quelques mètres pour qu’une catastrophe s’ajoute à une saison déjà marquée par plusieurs accidents.

Le retour d’expérience du commandant de bord a été publié. Ce dernier explique qu’il est descendu trop bas ; victime d’un effet « tunnel » il s’est focalisé sur le largage – il précise qu’il restait un trou dans la barrière de retardant qu’il lui fallait combler – au détriment de son environnement immédiat ce qui a conduit à une situation quasi-catastrophique. Il n’est pas fait mention de la présence, ou non, d’un Lead Plane.

D’une manière générale, par leur usage du retardant, qui doit recouvrir de façon homogène et continue la végétation à protéger, les Tanker US larguent à des hauteurs sensiblement supérieures à celles qui sont pratiquées généralement en Europe où le travail à l’eau est la norme. Cette courte séquence revêt donc un caractère exceptionnel en plus de son aspect spectaculaire.

T10 montre les 5 buses de largages ventrales, deux en amont du train principal, trois en aval. (Photo : Neptune Aviation)

Les jet BAe 146 sont entrés en service chez les pompiers du ciel US en 2011. La société Neptune a progressivement transformé une dizaine d’appareils de même type. Si les premiers ont été convertis en Tanker par Tronos, un sous-traitant, depuis le Tanker 15 livré en mai 2017, les avions sont préparés entièrement chez Neptune, une opération de 18 000 heures de travail au total.

Le système des avions Neptune est une soute interne à gravité qui déverse le retardant par des buses à clapets situées en amont et en aval du train d’atterrissage. Ils diffèrent donc nettement des RJ-85 modifiés par Conair.

Le système de largage de Neptune a évolué au fil des années, le voici dans sa configuration initiale avec les seules buses arrières. (Photo : Neptune Aviation)

Finalement, l’incident ainsi filmé n’est pas sans rappeler la mésaventure du DC-10 Tanker 910 du 25 juin 2007 (1) où le triréacteur avait scalpé quelques arbres, endommageant sérieusement l’extrémité de son aile gauche.

Il est heureux que l’équipage du Tanker 01 a eu une réaction assez rapide et suffisamment de puissance pour se sortir de ce mauvais pas alors même que le relief ne semblait pas trop difficile.

T01, au premier plan, n’est pas passé loin de la catastrophe. (photo : Neptune Aviation)

Il reste une vidéo particulièrement spectaculaire qui démontre, une fois de plus, que les situations mêmes les plus simples peuvent être piégeuses dans ce domaine si particulier de la lutte contre les feux.

 

Merci à Benjamin Gilbert.

 

(1) : à ce sujet, lire mon article : Les DC-10 de 10 Tanker dans Airways n°14, actuellement en kiosques.

Meeting aérien à Sarlat

Aller à un meeting en avion, c’est toujours un plaisir. Ça ne m’est arrivé qu’assez rarement finalement. La première fois, c’était à Lens en 2007, depuis Chavenay. Une expérience particulièrement agréable et inoubliable. Bien sûr, il y avait le meeting de Mainfonds ce weekend, raison pour laquelle la plateforme d’Angoulême était si active le samedi pour sa journée portes-ouvertes, mais c’est un peu plus au sud-est que nous avions repéré une manifestation qui avait un programme tout à fait sympathique.

Sarlat-Domme, sa tour de contrôle, son club house, ses sandwiches au canard et ses avions… jaunes !

On me parle de Sarlat depuis un moment, sans doute parce que c’est là qu’un bon copain a été formé au pilotage, lui qui passe beaucoup de son temps en place arrière d’un Mirage 2000D depuis presque deux décennies. Sarlat, ses paysages sublimes et son intérêt gastronomique, voilà une destination qui mérite qu’on s’y attarde donc. Et d’Angoulême, c’est à tout juste trois heures de route… Mais une heure en avion  !

Tous les meetings aériens ne peuvent accueillir les visiteurs en avions, certains par manque de place sur les parkings, d’autres parce que la plateforme est particulière et nécessite une solide expérience ou une qualification spécifique pour s’y poser, certains, comme la Ferté-Alais, cumulent les deux. D’autres font aussi le choix de ne pas recevoir de visiteurs en avions pour se simplifier la tâche, mais c’est un peu dommage. A Sarlat ? Rien de tout ceci même si l’aérodrome, posé sur un plateau, est une plateforme particulière. Sur les notam, un préavis d’une heure seulement était réclamé pour demander l’autorisation de se poser avant le meeting. Plus cool que ça, pas possible.

Passage à la pompe avant le décollage. 30 litres d’essence dans l’aile gauche s’il vous plaît !

La météo s’annonçait parfaite, c’est vers 10h que nous avons décollé d’Angoulême. Franck et moi avions jeté notre dévolu sur le MCR4S, un avion léger, économique sur lequel je n’avais pas encore volé. Nous étions suivis par Vincent et sa famille qui avaient réservé l’Océanair. L’AC d’Angoulême arrivait en force et avec ses avions les plus originaux ! Nous avions donc décollé en premier, pensant que le TC-160 nous rattraperait. C’est le contrôleur du SIV de Limoges qui nous a bien fait rire après notre premier contact : « Fox Victor Mike, trafic devant vous, un nautique, 300 pieds bas, un MCR et… Non, en fait il est plus rapide que vous, vous le rattraperez pas. » Grands sourires à bord du MCR Delta-Uniforme !

Nous ne faisons cependant pas la course mais mon pilote s’était mis en tête de repérer quelques pistes ULM entre Angoulême, Périgueux et Sarlat, histoire de se préparer à un prochain rallye aérien sans doute ! Nous en avions repéré 3 sur la carte, nous en avons bien photographié 3 ! Impeccable. Certaines, par leurs configurations, mériteraient d’être un jour fréquentées !

La piste ULM, elle est là ! Où ça ? Ben là ! Et effectivement, une piste figure sur cette photo, saurez-vous la retrouver ?

A l’arrivée à Sarlat, nous avons vite rejoint le parking visiteur le long du taxi-way. Nous nous sommes garés à côté d’un splendide Bonanza, un peu comme on gare sa vieille Clio à côté d’un Cayenne !

En finale à Sarlat avec à droite les fameuses antennes d’écoute de la DGSE.

Récupération des badges « zone réservée » puis nous voilà tous les cinq en train de remonter à pieds le statique lorsque j’ai eu mon premier coup de cœur du jour avec ce splendide Rallye remorqueur… à train classique ! My Godness que c’est mignon !!!

Pendant des années, les Rallye furent parmi les avions légers les plus populaires, mais ils deviennent de plus en plus rare. En trouver un à trains classiques n’en est que plus intéressant !

Le plateau n’avait rien d’extrêmement rare. MS 733, Broussard, avions de voltige et une poignée de Warbirds, mais l’orientation du site et son organisation a rendu ce moment fort agréable. A Sarlat, les hangars disposent d’un auvent sous lequel nous avons pu assister aux démonstrations en vol, assis sur un banc, à l’ombre et au frais puisque nous étions à proximité immédiate du brumisateur… On a connu des épreuves plus difficiles en bord de pistes !

Le show a démarré en début d’après-midi par un largage de parachutistes, les avions ont ensuite enchaîné leurs démonstrations en vol sans trop de temps mort. Le commentateur, membre du club, bien qu’ayant une diction pas toujours agréable et une tendance à se répéter assez distrayante a mis tout le monde dans sa poche en demandant quelques secondes de silence à la mémoire du pilote du Tracker décédé en mission l’avant-veille et en y associant ceux qui sont tombés en combattant des flammes ou d’autres ennemis tout aussi redoutables comme les deux commandos tués en Afrique il y a quelques semaines. C’était exactement ce qu’il fallait faire !

Le Jungmann est réputé voler aussi bien qu’il est beau. Celui-ci doit voler très très bien alors !

Démo combinée de deux DR400 du club, un splendide Bücker Jungmann, un T-6, un Fouga Magister et quelques avions de voltige, dont un de construction amateur, ont régalé le public. Mais c’est un duo qui a particulièrement retenu notre attention. Non, je ne parle pas des deux  Falco qui ont aussi effectué un vol splendide – en même temps, deux machines splendides volant de concert, peut-il en être autrement ?

Je parle d’un étonnant duo père-fils sympathique et talentueux. Venu de la région de Dijon avec son Cap 20, un avion qui a volé autrefois avec l’EVAA et dont il porte encore les couleurs, Christian, le père, a effectué une jolie démo de voltige classique. Il effectuait là un de ses premiers meetings en compagnie de son fils, Victor, qui, lui arrivait de Salon de Provence avec un Extra 330SC de l’EVAA puisque membre de cette prestigieuse et multi-récompensée équipe. Et c’est aussi à lui qu’est revenu le redoutable privilège de clore le meeting sous les yeux de son papa !

Christian Lalloué à l’issue de sa démo. Il vole à bord d’un Cap 20 qui a appartenu à l’EVAA, unité à laquelle appartient aujourd’hui son fils Victor… Bon sang ne saurait mentir !

L’EVAA était venu avec deux pilotes. Le Lt Oddon avait effectué une première voltige en milieu de programme et tout le monde avait salué avec l’enthousiasme de bon aloi qu’il méritait, le splendide smiley qu’il a dessiné en plein ciel au-dessus de l’aérodrome.

L’Extra 330 a permis à l’EVAA de retrouver sa place : sur la plus haute marche du podium !

Vint donc le tour du capitaine Victor Lalloué qui nous a présenté son programme libre-intégral. Après quelques minutes de manœuvres – dont certaines en inversé et je ne veux pas savoir combien de G négatif il a encaissé, j’en avais mal pour lui (je déteste les G négatifs !) – intenses, précises et bien rythmée, était-ce prémédité ou pas, un petit Gabin qui ne devait pas avoir plus de 5 ans est venu demander au speaker de pousser Victor à faire aussi un Smiley… Comme pour la PAF, les pilotes de l’EVAA interviennent au cours de leur démo sur la sono du meeting (1) pour saluer les spectateurs, c’est toujours un moment convivial d’entendre le pilote alors qu’il en bave pour tenir son avion à peu près calme le temps de parler quelques secondes.

Le speaker a donc basculé la radio sur la sono et a demandé à Victor de faire aussi un smiley ! Alors qu’on s’attendait tous à ce qu’il accepte mais coupe la communication, Victor a donc effectué le smiley mais en le commentant en direct. Afin de pouvoir continuer à parler et de bien expliquer ce qu’il faisait, il l’a fait large si bien qu’il a été un peu difficile à photographier. Le peu de vent présent l’a aussi un peu balayé en cours de finition,  peu importe. Je ne sais pas si ça fait partie du programme « officiel » de l’EVAA mais une chose est certaine… c’est absolument à refaire. Outre le fait que je ne m’étais pas éclaté autant devant une figure de voltige depuis un bon moment, la dernière chose que les spectateurs ont vu dans le ciel avant de s’en aller, c’est un bonhomme en fumigène qui souriait et un pilote en train d’expliquer en direct comment on le fait !

Un smiley en plein ciel. Un bon résumé de ce meeting ! (Photo : Franck Mée)

Qu’est-il possible d’ajouter à ça ?

Le MCR Delta-Uniforme au décollage de Sarlat. L’équipage reste concentré ! (Photo : Aurélie LH)

Il était désormais temps de reprendre le MCR et de rentrer vers Angoulême. La météo n’ayant pas bougé, le vol fut aussi superbe qu’à l’aller. Nous avons laissé l’Océanair nous rejoindre histoire de faire quelques photos air-air, à bonne distance néanmoins, avant de se poser et de ranger les avions.

Ceci n’est pas un DR400 !

Le lendemain, nous avions prévu de rejoindre Vannes-Meucon toujours avec le MCR, mais un gros front sur Nantes nous en a empêché. Dans la Clio de location, sous la pluie et les nuages bas, nous avons donc expérimenté le sentiment agréable d’être au sol sans regretter d’être en vol…

C’était un weekend qui avait débuté avec une nouvelle affreuse mais la vie continue !

 

 

(1) pour avoir assisté à la démo de la PAF à Biscarrosse en 2018 depuis le point central, à côté du reste de l’équipe de la patrouille et en écoutant les conversations radio sur leur retour audio, je peux confirmer que ça donne une dimension vivante à la démo et que ça se passe même… de commentaire !

Journée portes-ouvertes à Angoulême

Comment mieux commencer une semaine de vacances que par une journée porte-ouverte d’un bel aérodrome, deux heures de vol et un meeting aérien ? Évidemment, personne n’avait prévu qu’au moment où mon train arrivait à Angoulême, un message allait un peu gâcher la fête : « Fred, T22 s’est crashé ». Passé la stupéfaction et la tristesse, et même si Franck Chesneau est toujours un petit peu présent autour de nous pour un long moment, il n’y a avait qu’une chose à faire : continuer !

Une patrouille « Airbus Flight Academy » en Cirrus et Diamond !

Samedi,  la très belle plateforme d’Angoulême ouvrait ses portes au public, profitant d’une activité un peu plus variée qu’à l’accoutumée puisqu’une partie des avions présents au meeting aérien de Mainfonds était basée ici et que ce jour-là, ils allaient et venaient pour s’entraîner et valider leurs démonstrations.

La Patrouille Breitling perdant son sponsor à la fin de la saison, son avenir est désormais incertain. Profitons donc de ses derniers meetings pour apprécier la maîtrise de ses pilotes.

Ainsi, les Angoumoisiens, venus en nombre, purent admirer les L-39 de la Patrouille Breitling, les adorables et typiquement britanniques montures du Bulldog Team, un Broussard venu de Limoges, un Cessna 337 déguisé habilement en O-2 de l’aviation du Sud-Vietnam, un SF-260 aux couleurs africaines, le Stearman « Girlie » qui nous avait enchanté à la Ferté il y a deux ans ainsi qu’un Extra de l’EVAA, un T-6 ou un Morane-Saulnier.

Angoulême est aussi utilisé par Airbus pour une école de pilotage et la société CATS entretient dans un hangar les Grob, Cirrus et autres Mousquetaire de l’Armée de l’Air. Héli Union dispose aussi d’une importante base. Ces entités ont joué le jeu et ont ouvert en grand leurs portes, ainsi que leurs simulateurs de vol. Il était même possible de monter à la vigie de la tour de contrôle. Oui, toutes les portes étaient bien ouvertes !

Moment de calme relatif dans la vigie d’Angoulême.

L’Aéroclub d’Angoulême en a profité pour promouvoir sa flotte variée et superbement entretenue ; ses Cessna 150, 152 et 172, son PA-28, mais aussi son Océanair TC-160 et son MCR4S. L’association dispose d’une section ULM avec un Guépard et un Zenair et cohabite parfaitement avec les vélivoles du hangar d’à côté. En partenariat avec le lycée local, la section Brevet d’Initiation à l’Aéronautique (BIA) y est très active et efficace avec une trentaine de diplômés chaque année. L’organisation y est très incitative avec trois vols de 20 minutes organisés en cours de formation : « chacun avec un petit programme pour que les enfants aient quelque chose à penser (tour de piste et trois axes, pente et puissance, navigation autour de la ville). » nous explique Franck Mée, membre du club depuis un peu plus d’un an et formateur BIA.

Pendant la JPO, les vols se poursuivaient normalement. Décollage d’un Cessna 150 du club pour un vol d’instruction.

« Normalement, chaque minot arrive à l’examen en ayant fait deux vols à l’arrière et un en place droite. » Une fois le BIA obtenu, ce qui représente une très large majorité des cas même si l’examen est sélectif, un vol « récompense » en direction de la côte Atlantique est organisé : « pour ceux qui ont eu le BIA : deux heures, trois branches. Cette année, c’était Lesparre et Royan, pour qu’ils voient une piste en herbe et une autre en dur. » Très étrangement les diplômés du BIA sont très nombreux à intégrer ensuite l’Aéroclub et une carrière professionnelle dans l’aéronautique… il n’y a pas de hasard !

Le club incite largement ses membres à voyager et cette politique semble porter ses fruits. Le Président s’est félicité de voir que le nombre d’heures de vol était en hausse constante et régulière et que si la tendance se maintient, 2019 pourrait se terminer avec le record des 20 dernières années. Un équipage s’est également distingué en obtenant une très belle deuxième place à l’Air Navigation Race (une évolution du rallye aérien) de Chalais en mai dernier, une performance notable pour un équipage à moitié novice !

Le rare Oceanair du club. Une cellule de DR400 avec des ailes sans le diedre « Jodel ». De l’avis des pilotes qui connaissent les deux types, le comportement en vol est absolument le même.

Pendant toute la journée, les pilotes ont ouvert les portes de trois de leurs avions (un Cessna 150, un 152 et le MCR) pour expliquer à tous les enfants de passage ce qu’est un cockpit et plus d’un a dû rêver de pilotage cette nuit-là. C’était aussi l’occasion de vendre quelque vols d’initiations et d’inscrire de nouveaux membres.

Cette journée s’est déroulée sous une météo parfaite et même les pompiers de l’aérodrome en ont aussi profité pour montrer leurs véhicules. En fin de journée, un planeur a cependant fait une sortie de piste à l’atterrissage, ils ont donc dû décaler. Bilan, un planeur endommagé et quelques égratignures pour le pilote.

La plateforme d’Angoulême est moderne, bien équipée et active. Proche de la ville, elle est assez isolée, cependant, pour que les relations avec les riverains soient bonnes.

Toute l’après-midi, je regardais d’un œil torve les gamins qui tripatouillaient le MCR… C’est qu’on en avait besoin le lendemain…

(A suivre)